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     Dans son célèbre essai publié en 1992, Daniel Pennac évoque avec finesse son amour de la lecture. Comme un roman porte bien son nom : le texte se lit très facilement grâce à la légèreté de la plume de son auteur, et à son humour. Beaucoup de choses sont à retenir de ce texte : la première phrase, devenue célèbre (« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif »), mais aussi les différents types de lecteurs, de l’élève bloqué à la page 48 d’un pavé de 500 pages au passionné parfois méprisant, et plus généralement la troisième partie du texte, où « le professeur » (l’auteur lui-même ?) fait découvrir à ses élèves sa passion de la lecture. Si l’on peut tout de même reprocher au livre un rythme inégal (la deuxième partie est par exemple assez ennuyeuse) et quelques clichés, notamment sur les ados, il reste que plusieurs passages sont tout simplement excellents, comme celui-ci :

«  – Lire c’est autre chose, lire est un acte […] Tandis que la télé, et même le cinéma, si on y réfléchit bien… tout est donné dans un film, rien n’est conquis, tout vous est mâché, l’image, le son, les décors, la musique d’ambiance au cas où on n’aurait pas compris l’intention du réalisateur…

– La porte qui grince pour t’indiquer que c’est le moment d’avoir la trouille.

– Dans la lecture il faut imaginer tout ça. La lecture est un acte de création permanente. »

    Cet extrait souligne bien l’aspect créatif et imaginatif de la lecture : il est amusant de penser que chacun s’imaginera les scènes et les personnages de manière différente : les variantes concernant la « mise en scène » du lecteur sont infinies. Ressort également de ce passage une des dimensions fascinantes de la lecture : de simples mots suffisent à faire éprouver au lecteur toutes sortes d’émotions, et tout simplement à le captiver. De simples mots ! Pour en revenir au thème de l’opposition entre « écrit » et « écran », les budgets utilisés pour les films sont souvent colossaux, alors que le matériel le plus basique suffit pour écrire un roman : un ordinateur ou même un simple stylo !

     Et puis on trouve bien sûr dans Comme un roman les fameux « dix droits imprescriptibles du lecteur ». Pour plus de dynamisme, je me permets de me prendre au jeu de l’écrivain et de les commenter, et par la même occasion de parler de façon plus personnelle de mon rapport à la lecture.

Le droit de ne pas lire : c’est en effet un droit important : je conçois très bien qu’on puisse ne pas beaucoup aimer lire puisque tous les goûts sont dans la nature. Je reste tout de même persuadé qu’il est un peu dommage de ne jamais lire. Il arrive souvent, quand on demande à quelqu’un s’il a lu un roman, qu’il réponde, pour se justifier, qu’il n’aime pas lire. Ce raisonnement relève du fatalisme, et ne laisse pas vraiment place à la discussion puisqu’il s’agit d’une affirmation catégorique. Je rejoins Pennac sur le fait que les gens qui n’aiment pas lire pensent ne pas aimer lire. Énorme nuance. Si vous demandez à quelqu’un s’il a vu un film de science-fiction ou un film sentimental, il vous répondra qu’il n’aime pas la SF ou les films à l’eau de rose, mais il ne répondra jamais qu’il n’aime pas les films. Car tout le monde aime les films : chacun aura forcément ses thèmes de prédilection. Je pense qu’il en va de même pour les livres. Les gens n’aiment pas lire parce qu’on leur a toujours donné à peu près le même type de lecture durant leur scolarité : des textes souvent ennuyeux, qui se déroulent dans une période qui ne fait pas spécialement rêver (le 19e ou la première partie du 20e siècle), et presque toujours en France, ce qui n’est pas franchement très exotique. Je pense, entre autres, au Colonel Chabert, au Rouge et le Noir, à Quatrevingt-treize ou encore au Grand Meaulnes. Ce sont peut-être des chefs-d’œuvre, mais sûrement pas les romans idéaux pour faire découvrir la lecture à des ados de 15 ans. Si les enseignants avaient fait découvrir aux élèves Harry Potter, Serge Brussolo, Stephen King ou des romans comme Les cerfs-volants de Kaboul, ils leur auraient permis de prendre conscience que la littérature est extrêmement vaste, et peut se révéler passionnante. Ce n’est qu’une théorie bien sûr, mais je reste persuadé que les professeurs devraient avoir comme objectif principal de donner à lire des romans captivants, quitte à s’éloigner des sentiers battus et à sacrifier un peu la dimension littéraire.

Le droit de sauter des pages : c’est un droit certes, car chacun doit lire de la manière sont il l’entend, mais ce droit va à l’encontre de ma conception de la lecture. Selon moi, il faut lire le roman à fond ou ne pas le lire (ou du moins l’abandonner). Sauter des pages est de mon point vue un manque de respect par rapport à l’auteur (contrairement, assez paradoxalement, à l’abandon) et même à la « Lecture ». Ce procédé me semble également contestable pour la simple raison que j’aurais peur de manquer un passage important et de devoir retourner en arrière.

Le droit de ne pas finir un livre : c’est un des droits les plus importants, si ce n’est le plus important. Il existe un tel panel de livres, en termes de quantités, de qualité et de sujets abordés qu’on ne peut pas accrocher à tout. Comme le dit Pennac, « il y a trente-six mille raisons d’abandonner un roman » : certains sont mal écrits, d’autres ennuyeux, manquant d’originalité, déprimants, ou plus généralement pas conformes à nos goûts personnels ou à notre humeur du moment. L’obstination à aller au bout de toutes ses lectures, même celles qui nous accrochent le moins, relève pour moi d’un profond masochisme. Si on n’adhère pas, il faut passer au prochain roman de sa « PAL », et voilà tout.

Le droit de relire : il est parfois bon de relire un roman, mais la deuxième lecture est souvent moins bonne que la première. D’une part parce qu’il n’y a plus le sentiment de découverte qui fait le sel de la première lecture, et d’autre part parce qu’un souvenir peut enjoliver une lecture, jusqu’à faire tomber le lecteur dans une certaine idéalisation : le retour à la réalité peut se révéler décevant.

Le droit de lire n’importe quoi : un droit plus théorique que pratique. Les écrivains sont en effet divisés en deux catégories : ceux qu’on a le droit d’aimer et les autres. Il est bon de dire en société qu’on lit Paul Auster, Laurent Gaudé et plus généralement les romans de chez Actes Sud, maison d’édition fort respectable par certains aspects, mais probablement un peu surévaluée. On compte dans la deuxième catégorie les incontournables Marc Levy, Guillaume Musso et Paolo Coelho. J’ai eu le malheur d’apprécier un roman de Musso, Seras-tu là ? , pas un chef-d’œuvre certes, mais tout de même un roman agréable et distrayant. Je n’ose décrire le profond sentiment de culpabilité qui en résulte : quel fardeau ! Heureusement pour moi, l’honneur me semble sauf grâce au fait que je n’ai pas apprécié Levy et Coelho. Ouf ! En exagérant à peine, cette manière de séparer les bons écrivains des mauvais me semble relever d’une tyrannie pure et dure, en plus d’être extrêmement arbitraire : Emmanuel Carrère et surtout Olivier Adam, qui sont appréciés en société, ne sont pourtant pas des génies de la plume.

Le droit au bovarysme : aucune inspiration pour celui-là.

Le droit de lire n’importe où : cela me semble évident, puisque le livre est un objet aisément transportable, notamment en format poche.

Le droit de grappiller : il est en effet agréable d’ouvrir un roman qu’on a aimé et d’en lire quelques passages. Je le fais régulièrement avec Le choix de Sophie, car j’admire plus que tout le style de son auteur, William Styron. Le passage que je relis le plus souvent est le premier paragraphe du roman : une pure merveille !

Le droit de lire à haute voix : celui-ci ne m’inspire pas beaucoup non plus.

Le droit de nous taire : on sent bien qu’il fallait en trouver un dixième… On note tout de même que, plus généralement, les cinq derniers droits sont nettement moins pertinents que les premiers. Finalement les « dix commandements » sont représentatifs de l’ensemble du traité : inégaux mais dynamiques et enrichissants, tout en donnant à réfléchir !