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    La ville fantôme n’est peut-être pas le meilleur épisode de la série du cow-boy solitaire, mais il n’en demeure pas moins remarquablement abouti. Tous les ingrédients sont en effet au rendez-vous de cette aventure, où l’on trouve de l’humour, de l’émotion, une atmosphère et même des saucisses ! Une mention spéciale pour l’émotion : lorsque je lis les derniers opus de Lucky Luke (et aussi d’Astérix), je constate qu’ils se limitent souvent à une succession de gags plus ou moins réussis. L’émotion était pourtant bel et bien de la partie dans l’œuvre de Goscinny, au moins par petites touches. Et elle s’avère particulièrement présente dans de ce 25e – déjà ! – épisode de la série, paru en 1965. Le personnage de Powell, touchant voire pathétique dans son obstination à trouver de l’or au fond de sa mine, y est pour beaucoup. La scène où il essuie une énième désillusion après avoir fait analyser ses échantillons est poignante, tout comme celle où on le voit renouer avec ses sensations d’antan, à l’époque où la « ville fantôme » regorgeait encore de vie... Difficile de ne pas s’attacher à ce personnage bougon et buté, mais néanmoins pétri de principes, et au bon fond indéniable. Sa relation tout en respect et en retenue avec Lucky Luke, qui partage d’ailleurs plus d’un point commun avec lui, est intelligemment rendue. J’ai notamment apprécié que Powell lui sauve la vie (événement assez rare pour être souligné), et que Luke défende par la suite ce dernier lorsqu’un client « ricane » à son sujet. J’aime ces rares moments où le cow-boy hausse le ton.

     L’humour répond lui aussi à l’appel. En témoigne le duo Denver-Colorado, les deux méchants de l’histoire qui cherchent par tous les moyens à voler la mine de Powell pour la revendre « à prix d’or ». Un tandem qui ressemble à une reprise inversée de Joe et Averell : le grand, Denver, est le cerveau, quand le petit, Colorado, se montre bien plus maladroit, à la traîne. Ce dernier, boulet intégral, flanque toujours tout par terre, si bien que son pauvre chapeau, qui subit les humeurs de Denver, déguste tout au long de l’histoire ! Les deux compères forment ainsi un duo détonant, dont les combines minables deviennent très vite savoureuses à souhait. Le tandem offre en outre quelques répliques bien senties, qu’elles viennent de Denver (« Nous chasserons ce vieux Powell de sa mine, dussiez-vous y laisser votre peau ! ») ou de Colorado (« Denver, notre métier est de tricher au jeu… Ne nous écartons pas de la voie que nos pères nous ont tracée ! »). Ajoutons à cela l’incontournable bêtise sans nom de la population, l’ambiance singulière de la ville fantôme ainsi qu’une fin emplie de morale – bien que de mon point de vue un brin frustrante – et le tout donne un épisode grandement appréciable, dans lequel on se replonge avec un plaisir intact. C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît la patte Goscinny.

« Étranger, si tu ne te conduis pas bien, nous t’expédierons dans un endroit pavé de bonnes intentions… »