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   « Pour pirater la surveillance électronique de la banque où travaille son mari Adam Smart, Dorana a besoin de deux choses : sa voix et sa main. Cela peut s'arranger, surtout lorsque, à la clef, il y a quelques millions de dollars... Mais elle doit, ainsi que ses complices, affronter le compagnon favori d'Adam Smart : Dust, le chien policier recueilli par le banquier. Une bête d'une intelligence redoutable, dressée à flairer et à tuer, réformée pour agressivité pathologique, “une saloperie vivante”, avaient averti les flics. Et c'est dans un véritable cauchemar que l'auteur du Chien de minuit, Prix du roman d'aventures 1994, précipite ses personnages. Un suspense d'autant plus angoissant que la férocité de l'animal ne fait, après tout, que refléter celle des hommes... »

     Mon premier contact avec Brussolo. Et quel contact ! On entre dès les premières pages dans l’histoire, grâce au style hypnotique de l’auteur qui, comme à son habitude, se révèle particulièrement inspiré pour planter le décor, installer l’intrigue et les personnages. On fait notamment connaissance avec Dan, imitateur de génie qui faisait un tabac dans des shows à Las Vegas, avant de se voir contraint à une retraite forcée à la suite de l'imitation d’un sénateur qui n’a pas plu à l’intéressé. Rien que la façon dont Brussolo décrit le talent de Dan en matière d’imitation, et le rapport qu’il avait avec son public (lorsqu’il le « tenait »), vaut son pesant d’or. Mais sa manière de peindre les autres protagonistes (dont je vais parler plus loin) est tout aussi efficace. Un sommet de narration, vous dis-je !

     Mais contrairement à beaucoup de parutions de cet écrivain, le roman ne connaît pas de subite perte de vitesse après cette percutante entrée en matière. Au contraire, on se régale plus encore, grâce au rythme effréné de la lecture : on va de rebondissements en rebondissements, jusqu’à un ultime coup de théâtre dont je ne vous dis que ça… À vrai dire, je crois que je n’ai jamais vu autant de retournements de situation dans un autre livre. Quel suspense ! Les protagonistes sont également pour beaucoup dans l’efficacité du texte. Comme à l’accoutumée, Brussolo peint des personnages en marge de la société, en proie à leurs fantasmes et à leurs obsessions. Les plus gratinés sont Monk, une sorte de « Hulk » attardé qui rêve de devenir ninja pour pouvoir se dématérialiser (!), et Adam, banquier misanthrope qui n’a d’yeux que pour son chien. Les autres, Doc, ancien horloger qui s’est improvisé médecin pendant la guerre du Viêt-Nam, Dorana, l’instigatrice du casse, et Dan, le génial imitateur, sont un peu plus « normaux », mais non moins attachants. Les passages où ce dernier s’entraîne à imiter la voix du banquier en vue d’ouvrir la salle des coffres sont d’ailleurs particulièrement savoureux. Et puis (et surtout) il y a Dust, ce chien terriblement dangereux à l’intelligence quasi humaine (voire surhumaine), qui nous offre des scènes passionnantes, entre l’intrigante complicité qu’il entretient avec son maître et plus encore la course-poursuite haletante autour de la frontière du Mexique. La cerise sur le gâteau, ce chien !

    J’ai également apprécié dans La main froide ce drôle de mélange d’excès et de (relative) cohérence. Tout est à la fois absurde et excessif (qu’il s’agisse des personnages ou des situations), tout en étant relativement cohérent et vraisemblable, tant l’auteur a réfléchi à tous les détails du scénario, et décrypte de façon pertinente la psychologie des personnages, notamment la méfiance et la paranoïa qui s’installent progressivement à la suite du cambriolage. En outre, le style est remarquable de fluidité, de simplicité et d’efficacité, les dialogues sont percutants (j’adore la manière si particulière dont Brussolo fait s’exprimer ses personnages), et le zeste d’humour noir que l’on trouve tout au long du texte est lui aussi savoureux : autant dire que l’ensemble se dévore avec la plus grande délectation. Pour fignoler, je reprocherais peut-être une petite baisse de régime vers la fin, mais comme vous l’aurez compris, ce n’est qu’un très léger bémol sans aucune incidence, tant l’ensemble s'avère captivant. Voilà donc un roman dénué de fioritures, de descriptions inutiles et de vulgarité, qui révèle l’immense potentiel de l’écrivain (notamment en termes de narration, d’inventivité et d’imagination), fourmille d’idées et appartient au cercle très fermé des livres qui peuvent être lus par des personnes n’appréciant pas la lecture. Il est d’ailleurs assez hallucinant qu’une telle merveille n’apparaisse jamais dans les catalogues et sélections des meilleurs thrillers, et ne soit pas considérée comme une référence (absolue !) en la matière.

     « Les gosses, avait grogné Adam un soir qu’il avait un peu bu, c’est trop long à dresser, et ça n’obéit pas. C’est menteur, paresseux… et ça vit toujours plus longtemps que nous, tu as remarqué ? Ce qu’il y a de bien avec les chiens, c’est qu’ils ne vivent qu’une dizaine d’années en moyenne. On finit toujours par les enterrer, ça nous donne l’impression d’être éternels. Quelque part, c’est réconfortant. Au contraire, dès qu’un homme regarde son fils, il pense tout de suite : “Voilà donc la gueule du petit salopard qui me portera en terre !”, je trouve ça déprimant. Je n’ai pas envie de donner naissance à mon propre croque-mort. »