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     Tintin au Tibet. Une référence ! L’un des meilleurs épisodes de la série, sinon le meilleur. On y trouve de tout, à commencer par une bonne louche d’étrange, qui rend cette aventure si singulière. D’abord, la cause du périple : Tintin se base sur un simple rêve pour partir à la recherche de son ami Tchang. Mais sapristi, quelle mouche a piqué notre reporter ? Lui qui d’habitude se montre si rationnel, le voilà qui risque sa vie sur la foi de sa seule intuition ! Toujours à propos de ce rêve, il y a cette grande case où Tintin se réveille en hurlant « Tchang ! », semant une pagaille monstre autour de lui, à l’exception notable de l’imperturbable Tournesol. Sans doute s’agit-il d’un double clin d’œil à la surdité et au caractère décalé du professeur, mais il reste que cette scène m’a toujours un peu intrigué. Tout aussi étranges enfin, les visions et la lévitation du moine Foudre Bénie… L’angoisse et le drame ne sont pas en reste, qu’ils viennent se nicher dans la découverte d’un nounours amputé (quelle puissance d’évocation !), dans la rudesse progressive des conditions climatiques, ou encore dans un autre rêve, celui du capitaine, auquel le professeur Tournesol assène sur un échiquier géant un coup de parapluie agrémenté d’un énigmatique « Échec et mat ! ». Et aussi, évidemment, dans la proximité inquiétante du yéti. Des hurlements au loin, des traces de pas, la disparition d’une bouteille de whisky, une silhouette… Hergé parvient à merveille à faire monter la tension, jusqu’à l’apparition du « migou », qui s’avère finalement bien plus humain que ne le laisse suggérer son épouvantable réputation. Tchang, à la fin de l’épisode, inverse même quasiment les rôles en affirmant : « Je souhaite qu’on ne le trouve jamais, car on le traiterait comme une bête sauvage. » Qui est le plus abominable, finalement, entre l’homme et la bête ? La dimension spirituelle occupe donc une place non négligeable. Tintin au Tibet se révèle même un véritable hymne aux valeurs fondamentales que sont l’amitié, la tolérance, la ténacité, le courage et l’altruisme. Rien que ça !

     Mais cette aventure ne serait pas aussi percutante sans l’un de ses ingrédients les plus savoureux : l’humour, personnifié par le capitaine Haddock qui, plus râleur et maladroit que jamais, apporte à l’histoire une légèreté bienvenue. Du rodéo inopportun sur une vache sacrée de New Delhi au malencontreux coup de trompette final en passant, entre autres, par l’intempestif épisode du « chausse-pieds », le capitaine offre ici un véritable récital ! Mais le vieux loup de mer propose également quelques moments de bravoure, comme cette scène épique où il tente, en vain, de couper la corde à laquelle il est suspendu pour sauver la vie de Tintin. Un passage mémorable. Graphiquement, Hergé atteint là aussi des sommets : le dessin est à la fois riche et sobre, trouvant peut-être son point culminant dans la représentation de l’épave de l’avion, saisissante de réalisme et de beauté. Plus généralement, on notera que la présence croissante du blanc au fil de l’épisode n’est pas anodine, cette couleur symbolisant les… rêves (décidément !) d’Hergé à cette époque. C’est donc pour exorciser ses angoisses que l’auteur a composé cette magnifique histoire. Bien lui en a pris ! Pour conclure un épisode aussi abouti et singulier, il fallait bien une fin à l’avenant. Mission accomplie : la dernière case, qui voit le yéti suivre du regard le départ de nos héros, et notamment de Tchang, suscite une amertume et une mélancolie qui évitent à l’histoire de sombrer dans un convenu « tout est bien qui finit bien » : le pauvre Homme-des-Neiges se voit de nouveau contraint de retrouver son existence solitaire et incomprise. Le bonheur des uns fait le malheur des autres...