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   « En 1954, dans une petite ville de Caroline du Nord. Jolie jeune fille de dix-sept ans, May Tilley vient d'une famille de producteurs de tabac, prospère et aimante. Star du lycée, Jimmy Madden est quant à lui promis à un bel avenir de médecin, ou d'écrivain, peut-être. Ils s'aiment d'un amour fou, ils ont la vie devant eux... Jusqu'au jour où May découvre qu'elle est enceinte.

     Le mariage, accepté à contrecœur par Jimmy, marque la fin de ses rêves d'adolescent et le début d'une lente déchéance. Le quotidien entame peu à peu les illusions du couple, sous les yeux de leur fils aîné, Joey, soudain privé de ses repères et d'un modèle paternel dont il a tant besoin.

     May, Jimmy, Joey... trois voix pour raconter l'échec d'un amour, la fragilité du bonheur, la pesanteur et la force des liens familiaux et le difficile passage de l'enfance à l'âge adulte. Tout imprégné de l'atmosphère nostalgique des années cinquante et de la touffeur du vieux Sud, Le Monde perdu de Joey Madden est de ces romans qui touchent au cœur. »

     David Payne est décidément un écrivain pétri de talent. Je l’ai découvert récemment avec Confessions d’un taoïste à Wall Street. Le monde perdu de Joey Madden est tout aussi réussi, sinon plus. Il se montre de prime abord moins ambitieux, du moins plus intimiste, que les Confessions : pas de taoïsme ni de Bourse ici, le roman se « contente » de traiter, à travers trois voix, de la manière dont l’arrivée d’un enfant peut bouleverser – en mal – la vie d’un couple. Véritable point de non-retour, la naissance du petit Joey rend manifestes les tensions jusqu’ici latentes entre ses parents. Plus généralement, c’est l’histoire d'une famille entière qui est disséquée, dont tous les membres sont habilement campés. Je dois cependant avouer m’être quelque peu égaré avec les grands-parents : aussi, si vous avez l’excellente idée de vous plonger dans ce roman, je vous propose un petit pense-bête qui vous permettra de vous y retrouver. C’est cadeau ! Récapitulons donc :

Lilith = Grody = femme de Thurston = mère de Jimmy.

Zelle = Nanny = femme de Will = mère de May.

     Ce roman m’a ébloui, car il m’a captivé sans qu’il y ait de réel rebondissement. Le style est à l’avenant : simple, épuré, sans esbroufe mais incroyablement efficace. On appelle cela le talent. Je rejoins le commentaire d’Éric Neuhoff, de Madame Figaro : « On le ferme, on le reprend, on y repense sans arrêt. » Tout est dit ! Il faut dire que le sens du (bon) détail est particulièrement aiguisé chez David Payne. Parfois trop, ce qui occasionne quelques légères longueurs, mais à l’arrivée, comment s’en plaindre ? Cela permet avant tout une réelle immersion dans la vie de cette famille complexe et attachante. Un roman passionnant et immersif, donc, mais aussi admirablement intelligent – j’avais déjà eu ce ressenti à la lecture des Confessions d’un taoïste. L’auteur évoque avec une égale justesse des sujets aussi variés que la fragilité de l’amour, le talent gâché (Jimmy était un as du basket), le rapport rêve-réalité ou encore l’alcoolisme. Entre autres ! J’ai en outre trouvé particulièrement bien rendue la tension entre les deux familles, avec notamment Lilith, personnage vénéneux s’il en est, adepte des formules du type « je ne suis pas du genre à dire des méchancetés, mais… » agrémentées de phrases délicieusement assassines. J’ai également apprécié les moments pleins de tendresse entre Joey et son grand-père Will, ainsi que la complexité de Jimmy, ce personnage irresponsable complètement à la dérive, pour lequel on ne peut s’empêcher de conserver un certain attachement.

     Quant à Joey, comment ne pas s’attendrir sur sa situation, lui qui se voit contraint de grandir dans des conditions aussi « familialement » chaotiques. Le récit à trois voix est par ailleurs très réussi : il permet une incursion dans l’esprit de chacun des personnages (Joey et ses deux parents), et trouble quelque peu le lecteur en lui offrant des points de vue différents : celui-ci a l’impression d’avoir à choisir parmi plusieurs réalités différentes, tout aussi « vraies » les unes que les autres. Vraiment bien ficelé. L’un des seuls bémols que j’émettrais (mais qui n’en est en fait pas un) repose sur le fait que j’ai eu du mal à discerner « l'atmosphère nostalgique des années cinquante et la touffeur du vieux Sud » vantées par l’éditeur, dans la mesure où l’écrivain, comme dans le précédent roman, s’intéresse davantage à ses personnages qu’au contexte, géographique ou historique, dans lequel ils évoluent. Mon autre petite réserve concerne la structure un peu foutraque du récit, passant régulièrement d’une époque à une autre sans crier gare, un procédé qui peut parfois nuire à la fluidité de la lecture. Mais ceci n’est que détail. Je vous conseille donc vivement ce roman qui peut paraître un peu « ordinaire » au niveau du pitch, mais se révèle diablement intelligent et captivant, grâce au talent impressionnant de l’auteur. Une grande réussite.