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     Muriel Gilbert fait dans Au bonheur des fautes part de son expérience de correctrice au journal Le Monde. Elle revient sur le chemin (de croix) qui l’a menée au « cassetin » – le bureau des correcteurs – du prestigieux quotidien. Outre l’importance du réseau, primordial pour faire son trou dans le milieu, l’auteure met en lumière la précarité des « métiers de lettres » qu’elle a exercés précédemment (essentiellement de la rédaction et du secrétariat de rédaction), avec missions ponctuelles et licenciements à la clé. Elle décortique également, non sans humour, les caractéristiques du correcteur, « ce drôle de zèbre en voie d’extinction qui est en même temps le gardien de zoo de la langue française ». En évoquant notamment son obsession de la lecture, son besoin de trouver des fautes, à la fois pour se sentir utile et pour ne pas relâcher son attention, et bien sûr sa hantise de laisser passer une « coquille ». La correctrice souligne en outre l’aspect frustrant voire ingrat de ce travail qui, en plus de ne « ne se [remarquer] que quand il est mal fait », se révèle impossible, puisque les 100 % de fautes corrigées sont selon elle inatteignables. Car oui, le correcteur, étant avant tout un être humain, est faillible ! Il peut laisser passer des erreurs, et n’a pas même la science infuse. L’auteure décrit d’ailleurs avec malice la déception qu’elle perçoit dans le regard de son interlocuteur lorsqu’il s’avère qu’elle ne répond pas à sa question du tac au tac. En fait, comme elle le remarque avec justesse, « nul champion d’orthographe ne peut prétendre en maîtriser l’ensemble des règles. L’important, c’est de savoir qu’elles existent, et où les trouver pour se rafraîchir la mémoire au moment opportun ». Autrement dit, « le correcteur ne sait pas tout, mais il sait où sont les pièges, ce qu’il lui faut vérifier et où trouver la réponse rapidement ». Belle leçon d’humilité, de lucidité, et même de courage ! Muriel Gilbert évoque également les spécificités du poste de correctrice au Monde, où les conditions de travail diffèrent sensiblement des maisons d’édition, notamment en ce qui concerne les délais extrêmement serrés, avec la fameuse « deadline » de 10 h 30 qu’il est hors de question de dépasser, ne serait-ce que d’une minute !

     Un témoignage assez captivant sur ce métier de l’ombre donc, que l’auteure agrémente de leçons de français qui peuvent se révéler très instructives pour le novice. En ce qui me concerne, étant familier des livres spécialisés en la matière, je connaissais déjà la plupart des points évoqués, même si j’ai tout de même appris certaines choses : j’ignorais par exemple que contrairement à la légende, le mot « triomphe » n’est pas le seul de la langue française à ne rimer avec aucun autre. On trouve en effet, pour ne citer que quatre exemples, « meurtre », « goinfre », « monstre » et « pauvre ». L’auteure traite plus généralement de toutes les fautes qui peuvent se nicher dans un texte, de la ponctuation aux noms propres en passant par le genre des mots, leur sens et les majuscules capitales. Autant dire que ce livre ne manque pas de qualités, même s’il n’est pas dénué, du moins à mon sens, de défauts. Le style, par exemple, est inégal : il se révèle agréable quand l’auteure fait preuve de simplicité, mais celle-ci a trop souvent tendance à chercher la  formule percutante. Muriel Gilbert aurait peut-être aussi pu se passer des passages un peu hors sujet où elle parle de son bébé, des ascenseurs des locaux du Monde ou encore de l’admiration que David Foenkinos porte à ses talents de lectrice… Une bonne lecture dans l’ensemble néanmoins, qu’apprécieront ceux qui souhaitent en savoir plus sur la correction et la langue française.

     N.B. : Par instants, le lecteur à l’affût de la moindre coquille (que je suis) déniche avec un plaisir non dénué de sadisme des erreurs dans le texte, mais s’avère vite déçu quand il réalise que la correctrice s’est amusée à en distiller ici et là pour jouer avec lui ! Cependant, comme le dit si justement Muriel Gilbert, « que ce soit dans les livres ou les journaux, même les plus sérieusement rédigés, édités et corrigés, il reste […] toujours une ou deux fautes ». Cela se confirme ici. Une coquille, non « annoncée » par l’auteure, est en effet passée entre les mailles du filet, tout en haut de la page 221 (« obligtoire »). Désolé, Mme Gilbert, de devoir ainsi vous « vexer comme un pou » ! Et pour remuer le couteau dans la plaie, une consœur blogueuse a elle aussi détecté une erreur cent pages auparavant (« de temps un temps »), qui m’était d’ailleurs passée sous le nez. Coriaces, ces coquilles…