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    Cette BD, recommandée par A girl from earth (que je remercie pour cette belle trouvaille), regorge de qualités, mais elle est malheureusement très peu évidente à chroniquer. Elle fourmille en effet de tant de détails et de réflexions qu’il faut sans doute la lire une ou deux fois supplémentaires pour en appréhender toutes les subtilités (ce que je ferai avec plaisir, d’ailleurs). Deuxième difficulté : le concept de base, qui fait l’originalité de l’œuvre, ne peut être dévoilé pour préserver l’effet de surprise. Je suis donc obligé d’évoquer cette œuvre de manière assez vague, en me contentant de dire qu’il s’agit de différentes périodes de la vie d’un homme nommé Brás de Oliva Domingo. Ce journaliste, qui travaille à la rubrique nécrologie d’un quotidien brésilien, rêve de connaître le même parcours que son père, écrivain célèbre.

    Que de qualités dans cette bande dessinée ! Outre l’originalité du concept, on ne s’ennuie jamais au cours de ses 250 pages, l’ensemble étant habilement rythmé et très dynamique. L’œuvre brasse avec talent diverses tranches de vie en apportant des réflexions fort intéressantes sur des thèmes aussi fondamentaux que l’amitié, la mort (très présente, étant donné la fonction du héros), l’amour, le rêve, la fuite du temps, la figure du père, l’écriture, en un mot l’existence. Les auteurs, Fábio Moon et Gabriel Bá (frères jumeaux, comme leur nom ne l’indique pas), font notamment preuve d’une délicatesse infinie pour évoquer le sentiment amoureux, et les passages sur la mort sont également très émouvants. Et que dire du magnifique dessin, remarquablement précis, travaillé et élaboré : quelle impressionnante palette d’émotions dans les regards, malgré l’apparente simplicité du trait ! Autre force du graphisme : il diffère selon les périodes de la vie du héros : on change totalement d’ambiance d’un chapitre à l’autre, ce qui est fort bien trouvé.

    Autant dire que je me suis régalé à la lecture de cette œuvre. Même si je ne peux m’empêcher d’émettre quelques petites réserves. D’abord, la structure originale du récit fait que l’ensemble devient légèrement répétitif, et paraît parfois tiré par les cheveux (par exemple avec Jorge dans le désert). La complexité de la narration rend en outre la lecture parfois difficile. C’est tellement déroutant que j’ai dû à plusieurs reprises retourner en arrière pour bien comprendre ce qu’il venait de se passer. Ensuite, j’aurais souhaité que l’ensemble soit plus « brésilien ». L’universalité des thèmes et des personnages fait que cette histoire pourrait la plupart du temps être transposée n’importe où ailleurs. Or, j’aurais voulu en savoir plus sur le quotidien au Brésil. On a bien droit à un passage intéressant sur les inégalités sociales et raciales dans le deuxième chapitre, mais rien d’autre à se mettre sous la dent. Enfin, je regrette un peu la gravité de l’ensemble. Cela tient tant aux événements et thèmes abordés qu’au personnage principal qui, même s’il se révèle très attachant, est peut-être un poil trop sérieux. Certes la mélancolie est remarquablement rendue, mais j’aurais tout de même souhaité que des passages un peu plus « fun » viennent égayer l’ensemble.

     Bien entendu les deux premiers paragraphes de cette chronique l’emportent largement sur le troisième : il faut lire cette BD remarquable d’ambition, de tendresse, d’émotion et d’originalité, sans parler de sa grande qualité graphique. Elle vaut vraiment le détour, et mériterait une bien plus grande renommée. Ne vous fiez donc pas à la couverture, ni très esthétique, ni réellement représentative de l’intérieur. On y voit notamment un homme, avec son chien, qui lit un journal dont les feuillets se perdent. Passionnant… Mais dès les premières pages…