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     Harry est magique ! Et pas seulement parce que l’histoire se déroule dans une école de sorcellerie. La grande force de cette saga est qu’on peut l’adorer sans être un lecteur assidu. Sur ce point, entre autres, les livres de Rowling ne sont pas comme les autres, pour ne pas dire hors du commun. La saga se caractérise en effet par trois points importants, les trois clés du succès. Un grand sens de l’intrigue, un talent narratif extraordinaire, et une imagination débordante. Mais ce n’est pas tout. Un autre coup de génie de l’auteur est en effet de ne pas avoir idéalisé le monde de la magie. En réalité, cet univers inconnu des « Moldus » (ceux qui n’ont pas de pouvoir magique) est similaire au nôtre, la magie en plus. Dans l’école des sorciers donc, il est question de rivalités entre élèves (Harry et Malefoy, par exemple) de profs ennuyeux (Binns, le fantôme qui s’ignore) ou à la limite du sadisme (comment ne pas penser aux Professeurs Rogue et Ombrage), quand ils ne sont pas tout simplement incompétents (Gilderoy Lockhart, Sibylle Trelawney, la voyante). Il est aussi question, à Poudlard, d’austères dissertations (sur l’histoire de la magie du 17e siècle à nos jours) et de flirts. Il y a même un Ministère de la Magie, des journalistes à scandales (Rita Skeeter) et du sport (le Quidditch, bien sûr). Un monde à la fois ordinaire et merveilleux, d’une grande richesse, auquel on s’attache grandement.

     Mais Harry Potter, c’est avant tout un grand sens du suspense et du mystère. Un art de l’intrigue et du retournement final. Commencer un Harry Potter, c’est prendre le sérieux risque de ne pas le lâcher avant de l’avoir terminé. Un suspense haletant et des interrogations innombrables qui trouveront leur solution à la fin du tome. Que manigance Malefoy dans les couloirs de l’école à deux heures du matin ? Pourquoi Dumbledore, le directeur de l’école, qui entretient une relation privilégiée avec Harry, devient tout d’un coup beaucoup plus distant ? Qu’est-ce que la chambre des secrets ? Autant d’interrogations qui rongent l’intérieur du lecteur. Sans parler du traditionnel coup de théâtre, à la fin de chaque livre, qui bluffe à coup sûr le lecteur médusé. Rowling, à la manière des grands noms du polar, prend ainsi un plaisir fou à manipuler le lecteur et à le faire suivre les mauvaises pistes.

     C’est peut-être LA clé du succès de Harry, l’extraordinaire talent de conteur de Rowling. Le principe est simple : même s’il ne se passe rien, le lecteur est passionné. Car en fait, il se passe toujours quelque chose dans ce vaste univers qu’est l’école de magie : un nouveau professeur, une dissertation à rendre, une nouvelle relation, etc. C’est un pur régal. C’est aussi en ceci que l’on peut dire que Harry Potter n’est pas un livre comme les autres. Le seul livre de 1000 pages que les enfants de douze ans lisent pour le plaisir, et parfois même en anglais, quand ils n’entreprennent pas tout simplement de le traduire eux-mêmes. Un style facile à lire (ce qui ne l’empêche pas d’être riche, même si, on en convient, ce n’est pas Balzac) qui a forcément connu (avec un tel succès) son lot de détracteurs. Benoît Virole, psychologue et auteur de L’Enchantement Harry Potter, n’appartient apparemment pas aux fans de l’apprenti sorcier : « Le style narratif de Rowling est proche des jeux vidéo et des séries télé, avec une découpure de l’ouvrage en chapitres courts, chacun centré sur une action, et à l’intérieur de cette action une procédure narrative très linéaire, très simplifiée, sans description et centrée sur l’action. »

     La réalité est ailleurs. Harry Potter est un livre magique car on peut ne pas aimer lire, mais adorer cette saga. D’où ce succès. Un livre qui peut réconcilier les jeunes avec la lecture, eux qui ont été nourris, à l’âge d’à peine quinze ans, aux classiques du XIXe siècle, Balzac, Flaubert ou Stendhal. Des auteurs certes plus « littéraires », mais qui ne font pas rêver les lecteurs de cet âge. En réalité, il y a Harry Potter d’un côté, et… les livres de l’autre. Même si beaucoup d’autres ouvrages, dans tous les styles, sont passionnants, il faut bien reconnaître que cette saga a une dimension magique et enchanteresse que beaucoup d’auteurs doivent envier. C’est, par exemple, l’un des seuls livres dont on ne tient pas compte du nombre de pages avant de le commencer. Bien au contraire : plus le livre est long, mieux c’est, car le plaisir en est décuplé. Le professeur David Harvey, du Département des lettres classiques de l’Université d’Exeter, qui a offert à l’auteure un doctorat honoris causa ès lettres, ne nous contredira pas : « J’ai 61 ans, et ces livres me plaisent autant qu’aux enfants. J.K. Rowling a l’art de raconter une histoire, de la garder en mouvement et d’en maintenir le niveau humoristique. » Même constat pour Penelope Lively, écrivain pour enfants : « La saga Potter a toutes les qualités essentielles : un monde fantastique méticuleusement imaginé, une quantité illimitée d’inventions drôles qui donnent souvent à réfléchir, et un formidable rythme narratif. » Même des références comme John Irving et Stephen King ont été contaminés par le virus. Ce dernier a même dit il y a quelques années : « Rowling est incroyable et écrit à la perfection  ». Un des grands bienfaits de la saga est de réconcilier les jeunes – et moins jeunes –  avec la lecture. On pourrait penser que les fans d’Harry Potter se contentent de la saga sans s’essayer à d’autres styles. Ce n’est généralement pas le cas. Pour Bénédicte (22 ans), en effet, « Je n’avais jamais autant lu de livres d’un coup puisque j’ai lu les quatre premiers [tomes d’Harry Potter] ainsi que la trilogie du Seigneur des Anneaux en un seul été. » Mission accomplie pour Rowling, qui ne cesse de répéter que la lecture est une des choses les plus importantes de la vie. La magie Potter ne s’arrête cependant pas là, puisqu’elle peut également conduire à l’écriture : pour Nicolas, 23 ans, « Harry Potter me donne envie de me consacrer à l’écriture », et Aurélie, 18 ans, « J’écrivais déjà avant de connaître Harry Potter, principalement des nouvelles, mais je pense que le style de J.K. Rowling m’a donné envie de parfaire le mien, d’y ajouter davantage de mystère et de suspense et d’en faire une histoire à part entière. » La saga peut même avoir une influence sur l’avenir des jeunes bacheliers, comme Morgane, 18 ans, qui entre en lettres modernes après un bac en sciences médico-sociales. « Je change totalement, explique-t-elle, il est clair que Harry Potter et d’autres livres de son sillage m’ont révélé ma voie. » On en vient presque à penser que dans la vie de tout fan de la saga, il y a un avant et un après Harry Potter, tant du point de vue du rapport au livre que du rapport… à la vie. « On voit le monde différemment », résume Céline, 30 ans. Tout simplement.

   En troisième lieu, l’auteure est dotée d’une imagination débordante, et il en faut pour imaginer un monde magique, avec de nouveaux sorts, de nouvelles intrigues entre les personnages, de nouveaux rebondissements. Il faut avoir du génie pour inventer les Détraqueurs, ces sortes de goules qui absorbent l’énergie de l’autre en se servant de sa peur, et qui apparaissent dans le troisième volume, Le prisonnier d’Azkaban. Cette imagination hors du commun permet à Rowling de concocter des intrigues très complexes qui passionnent le lecteur. Elle lui donne également la possibilité de créer de toutes pièces un monde très riche, ne serait-ce qu’en termes de personnages : la famille de Ron, en guise d’illustration, est composée de neuf membres, qui ont chacun leurs caractéristiques propres. Derrière nos trois héros se cachent une infinité de personnages secondaires qui apparaissent au fur et à mesure des épisodes. Il y a les différents fantômes que sont Nick-Quasi-Sans-Tête, Peeves ou bien Mimi Geignarde ; Bellatrix Lestrange, la cousine de Sirius Black passée dans le « côté obscur » ; les elfes de maison comme Dobby ou Kreattur, ou encore Cornelius Fudge, le Ministre de la Magie, pour n’en citer que quelques-uns. La liste complète prendrait en effet des pages entières. Comme le dit Patricia, 48 ans, « on trouve tellement de personnages que l’on se croirait presque dans un roman de Tchekhov ». Il fallait donc l’imagination débridée de Rowling pour créer cet univers d’une grande richesse, tout en restant cohérent.

     Harry Potter a longtemps eu l’étiquette de littérature jeunesse. Ce n’est plus le cas. Certes, le livre se lit « à partir de 11 ans », selon la 4e de couverture. Mais la maturité de l’œuvre (on est loin du côté « gnangnan » du Clan des sept), sa pertinence (on verra en effet beaucoup de références à l’Histoire, particulièrement la 2de Guerre mondiale, comme les initiales du créateur de la famille Salazar Serpentard : SS, la famille de Voldemort et Malefoy, ou les Mangemort qui ressemblent étrangement aux collaborateurs ; le prénom Salazar, quant à lui, rappelle vaguement un ancien dictateur portugais…), la richesse de son univers, ainsi que la solidité de ses intrigues en font un livre qui se lit « de 7 à 77 ans ». Un des seuls immenses succès non usurpés. À propos de la « symbolique » présente dans la saga, de nombreux intellectuels se sont interrogés sur le phénomène Harry. L’occasion de constater que tout le monde ne voit pas celui-ci du même œil. Pour Isabelle Smadja, docteur ès philosophie, l’auteur « a su digérer dans un ensemble cohérent des éléments issus de cultures diverses. Elle emprunte aux contes de fées, mais également aux légendes celtes, à la mythologie grecque, à la Bible, à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et dernièrement, à celle du terrorisme. » Pour Benoît Virole, « Rowling a fait des emprunts dans tous les sens, sans se formaliser sur les significations profondes des symboles, mais simplement en les amalgamant comme le fait le folklore. » Quant à Boris Cyrulnik, pédopsychiatre de renom, il voit en Harry un cas de résilience, le concept clé de sa pensée, c’est-à-dire un enfant ayant subi un traumatisme mais qui a réussi à transcender son destin, grâce, en l’occurrence, à sa mère défunte, à laquelle il s’identifie, et à des « tuteurs de résilience », comme Dumbledore, Sirius Black ou ses amis Ron et Hermione. Ceux-ci lui montrent qu’à un moment ou à un autre, il a été indispensable à leur vie, et l’orientent vers les bons choix. Chacun se fera sa propre interprétation du monde d’Harry, et c’est aussi ce qui fait son charme. Toutes les perspectives sont possibles.

     Il existe donc sept tomes de la saga Harry Potter. Chaque épisode correspond à une année scolaire d’Harry, que l’on voit ainsi évoluer de l’âge de 11 ans à 17 ans, ce qui correspond approximativement à l’intervalle entre la 6e et la Terminale. Chaque livre est construit selon le même schéma : vacances d’été, rentrée puis année scolaire, qui s’achève le plus souvent par les épreuves de passage à l’année suivante. Pour autant, il n’y a aucune place pour la routine, car un nouvel événement se déroule toujours au moment où on s’y attend le moins. Par exemple, dans le deuxième épisode, Harry ne parvient pas à atteindre la voie 9 ¾, qui lui permet de prendre le train pour l’école Poudlard, et doit ainsi la rejoindre par le biais d’une voiture volante. Chaque épisode est, comme nous l’avons déjà signalé, écrit sous le signe du mystère, qui tient en haleine le lecteur du début à la fin. Chaque tome possède sa propre intrigue (indiquée le plus souvent dans le titre même de l’ouvrage : ex : La chambre des secrets, Le prisonnier d’Azkaban, La coupe de feu…), mais a pour toile de fond le fameux « combat » entre les forces du Bien et les forces du Mal, et plus particulièrement entre Harry et le mystérieux Voldemort. Un aspect intéressant de la saga repose justement sur le Seigneur des Ténèbres. On peut constater tout d’abord qu’il n’a pas « de corps » : il prend chaque fois une apparence différente, ce qui le rend insaisissable. On le voit ainsi dans le corps du Pr Quirell, puis en souvenir grâce au journal intime trouvé par Ginny (on le voit alors tel qu’il était élève), ou bien sous forme de « monstre », dans le 4e tome. D’autre part, Voldemort est un personnage très énigmatique, qui se dévoile peu à peu au fur et à mesure de la saga. Harry apprend petit à petit qu’il est un ancien élève de Poudlard, un élève d’ailleurs prometteur, provenant d’un orphelinat. Harry s’aide entre autres de la Pensine, une autre idée lumineuse de l’auteur, qui est un moyen de voir « comme en film », le souvenir de quelqu’un d’autre, en l’occurrence Dumbledore quand il était professeur de Tom Elvis Jedusor, futur Voldemort. L’opposition entre Bien (Harry) et Mal (Voldemort) échappe paradoxalement au piège d’un manichéisme prononcé. Certes, Harry est le bon et Voldemort le mauvais. De la même façon, des personnages comme Hagrid et Dumbledore sont bons, et on aura du mal à trouver une once de sympathie chez les membres de la maléfique famille Malefoy. Pourtant, la relation entre Harry et Voldemort s’avère complexe. Les points communs entre les deux personnages, on en prend conscience au fur et à mesure du déroulement de la saga, sont plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer de prime abord. Les deux personnages parlent en effet le Fourchelang, la langue des serpents, Harry possède la même baguette magique (et c’est elle qui choisit son propriétaire, ne l’oublions pas) que son pire ennemi ; enfin, Harry, qui appartient pourtant à la maison Gryffondor, avait été choisi au départ par le Choixpeau magique pour faire partie des Serpentard, la maison des Malefoy… et de Voldemort, quand celui-ci était encore simple élève de Poudlard. Autre exemple d’ambiguïté : le Professeur Rogue, qui semble haïr au tréfonds de lui-même Harry, mais qui se met, du moins dans le premier volet, de son côté, à la surprise générale. Au cours de toute la saga, le mystère est là : qui est vraiment le Pr Rogue ? Est-ce un Mangemort (autrement dit un « collaborateur » de Voldemort) qui cherche à tuer Harry ? Ou bien fait-il semblant de haïr Harry pour bien se faire voir du Seigneur des Ténèbres ? C’est un « agent double », mais avec qui est-il vraiment ? Pour le dire plus clairement : de qui est-il l’espion ? Dumbledore ou Voldemort ? Il côtoie les deux personnages, mais lequel finira-t-il par trahir ?

     Le premier tome ne laisse augurer qu’avec parcimonie le talent de J.K. Rowling. Dès cet épisode, on est envoûté par l’univers de Poudlard, et surpris par le retournement final. Cela dit, le début (la partie qui se déroule avant l’arrivée dans l’école) est assez rebutant, et l’intrigue générale reste simpliste : une pierre philosophale cachée sous une trappe gardée par un chien à trois têtes, et pour laquelle il faut passer trois épreuves : le pitch ressemble à celui d’un conte de fées. C’est ce qui rend à cet épisode un caractère plus enfantin que les suivants. C’est en effet à partir du deuxième tome, l’un des meilleurs de la saga, que l’intrigue se complexifie (le journal intime, idée de génie), que les personnages se multiplient et prennent davantage de volume. Un livre haletant de A à Z. Les épisodes 3 et 4 sont très réussis, même si on peut y noter une plus grande importance accordée aux descriptions, ce qui se ressent d’ailleurs dans le volume des livres (450 pages pour le 3, 700 pour le 4). On note par ailleurs qu’à partir du tome 4, un personnage meurt à la fin de chaque histoire : on est désormais loin des « happy ends » des premiers épisodes. Le 5 reste pour moi le meilleur. 1000 pages de bonheur. L’auteur excelle dans les descriptions, certes nombreuses, mais néanmoins envoûtantes, et qui ne portent aucunement préjudice à l’excellente intrigue du tome (hormis peut-être celles concernant le demi-frère de Hagrid). Petite nouveauté : Harry rencontre son premier amour. Un personnage important meurt à la fin de cet épisode. Le tome 6 est bon même s’il laisse une impression de vide, malgré ses 700 pages. L’auteur semble perdre un peu de son inspiration, même si les événements qui s’y déroulent sont cruciaux pour l’intrigue globale de la saga. Le dernier est sans conteste l’épisode le plus décevant, moins pour la fin (quoique…) que pour l’ennui que rencontre le lecteur au cours de toute la première moitié du récit. L’explication est simple : Harry Potter, c’est avant tout un univers, celui de l’école de Poudlard et tous les personnages qui la composent. L’école de Poudlard étant fermée, la première partie ne repose que sur nos trois personnages, ce qui explique pourquoi l’intrigue semble tant tourner en rond : il ne se passe en effet… rien, ou presque. Face à un tel succès, il est néanmoins normal de perdre un peu ses moyens. Le dénouement, quant à lui, peut laisser le lecteur sur sa faim, mais je n'en dirai pas plus…

     La saga peut être comparée à deux classiques de la fiction : Le Seigneur des Anneaux et Star Wars. Du premier, pionnier de l’heroïc fantasy, et dont elle est fan[1], Rowling conserve l’idée d’un monde imaginaire foisonnant, riche et élaboré. On retrouve les personnages du « mauvais » (Voldemort-Sauron) et du vieux sage (Dumbledore-Gandalf). Pourtant, la comparaison s’arrête là pour la créatrice d’Harry : « Les livres de Harry Potter sont très différents, particulièrement dans leur ton. Tolkien a créé une mythologie complète. Je ne pense pas que quiconque pourrait prétendre que c’est ce que j’ai fait ». La saga de Tolkien est donc plus « épique » que celle de Rowling. D’autre part, comme elle le souligne, le ton est totalement différent : au caractère aride et un peu austère du Seigneur des Anneaux s’opposent la fluidité et l’humour de l’œuvre de Rowling. On constatera également qu’Harry est beaucoup plus axé sur le suspense et les rebondissements. Harry Potter évoque aussi Star Wars pour le schéma de l’intrigue. Un élève prometteur (Tom Elvis Jedusor-Anakin Skywalker), guidé par un sage (Dumbledore-Obi Wan Kenobi), bascule dans le « côté obscur » (le terme est également utilisé dans Harry Potter), trahit son mentor et change de nom (Voldemort-Dark Vador). Le héros, quant à lui, a une parenté symbolique (Harry a beaucoup en commun avec Voldemort) ou réelle (Luke est le fils de Dark Vador) avec celui qu’il combat.

     Harry Potter a marqué une génération entière, et il n’est pas exclu de supposer que les futures générations vont également tomber sous le charme. Quoi qu’il en soit, il s’agit bien DU phénomène littéraire de la décennie, et on serait même tenté d’affirmer qu’on assiste à du jamais vu, ne serait-ce qu’en termes de chiffres. Harry Potter, c’est vingt et un prix remportés pour le seul Harry Potter à l’école des sorciers. C’est, à mi-2017, 450 millions d’exemplaires vendus. Un million d’exemplaires de la traduction française du septième et ultime tome vendus en… deux jours. C’est également une traduction en 62 langues, dont le latin et le grec ancien ! Pas mal pour un premier essai (l’auteur n’avait en effet jamais publié auparavant). Il faut dire que J.K. Rowling a toujours eu une affinité avec l’écriture : « J’ai toujours, toujours voulu écrire, mais je n’ai jamais parlé de cette ambition dévorante à quiconque. À l’âge de six ans, à peu près, j’ai écrit un livre. C’était juste une petite histoire mais je me souviens m’être dit quand il a été achevé : “Eh bien maintenant on peut le publier” ». Mais, comment le projet Harry Potter a-t-il vu le jour ? « C’est dans le train qui me ramenait de Manchester à Londres que Harry Potter a fait sa première apparition, explique-t-elle. Je n’avais jamais ressenti une telle excitation. J’ai su immédiatement que ça allait être un vrai plaisir d’écrire cette histoire […] À la fin de mon voyage en train, je savais que ce serait une série de sept livres […] Je suis donc rentrée chez moi ce soir-là et j’ai commencé à tout écrire sur un petit carnet. J’ai fait la liste de tous les sujets abordés – il devait y en avoir sept. […] Il m’a fallu cinq ans pour tout organiser, pour déterminer le plan de chaque livre […] J’ai presque écrit une histoire complète de chacun de mes  personnages. Si je mettais tous les détails, chacun de mes livres ferait la taille de l’Encyclopedia Britannica. Sirius Black est un bon exemple. J’ai écrit toute l’histoire de son enfance. Les lecteurs n’ont pas besoin de la connaître, mais moi si. »

     Le résultat est connu de tous : une saga si fantastique que les mots ne sont pas assez forts pour expliquer ce que ressent le lecteur à son égard. Ses principales qualités peuvent être résumées dans ce texte que Isabelle Hausser a écrit à propos d’un autre roman, l’excellent Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, de Harper Lee : « [Ce texte] d’une infinie drôlerie est un enchantement. Il a la légèreté et le poids que recherche le véritable amateur de roman et cette vertu si rare de pouvoir être lu à tout âge, quelle que soit l’éducation qu’on ait reçue, de quelque pays que l’on vienne, à quelque sexe que l’on appartienne. Il est vraisemblable que l’on n’en fera pas tout à fait la même lecture, mais on y trouvera nécessairement un univers communiquant avec le sien par le miracle de l’écriture et de l’enfance. »

     Parmi les nombreux livres sur le phénomène Harry Potter, on retiendra l’excellent Mon pote Harry Potter, véritable encyclopédie sur le sujet, écrit par Antoine Guillemain, passionné de 16 ans. Des témoignages de lecteurs au procès pour plagiat de Rowling en passant par les erreurs de traductions et la galerie complète des personnages de la saga, on trouve tout sur le sujet, et même un peu plus que tout. Une belle déclaration d’amour à l’apprenti sorcier de l’école de Poudlard. Cette « bible » a même été saluée par la critique : Le Figaro, Le Point et Le Parisien ont notamment loué ses nombreuses qualités. La palme de la mauvaise foi revient en revanche à Benoît Virole, qui, à en lire L’enchantement Harry Potter, ne semble pas avoir passé le troisième chapitre du premier tome. Désolant.

Ce qu’il faut retenir de la magie Harry Potter :

  • Imagination extraordinaire
  • Suspense en acier
  • Rebondissements
  • Puissance narrative étonnante
  • Les seuls (volumineux, de surcroît) romans qu’un « ennemi » de la lecture peut lire
  • Peut redonner goût à la lecture

Les citations sont extraites de Harry Potter, les raisons d’un succès (Isabelle Smadja), Mon pote Harry Potter (Antoine Guillemain), J.K. Rowling, la magicienne qui créa Harry Potter (Sean Smith), Rencontre avec J.K. Rowling, l’auteur qui créa Harry Potter (Lindsay Fraser), Phosphore n°313, et Lire (octobre 2005).


[1] Sur ce point, les informations sont divergentes. Je me suis appuyé sur la sérieuse biographie de l’auteur, de Sean Smith, intitulée J.K.Rowling, la magicienne qui créa Harry Potter. On peut en revanche voir dans le numéro de Lire d’octobre 2005 qu’elle n’a jamais pu terminer la saga de Tolkien!