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     Nos voisins du dessous est un ensemble de chroniques que l’auteur américain Bill Bryson a rédigées à la suite de plusieurs périples en Australie. Sur ce pays méconnu « qui ne fait pas de bêtises », cette « Norvège de l’hémisphère sud », on y apprend beaucoup. L’Australie est un pays-continent vaste, aride et désert (seulement 17 millions d’habitants pour plus de 7 millions de km²). C’est une nation où les gens sont accueillants et, plus original, seraient les plus gros joueurs de la planète. Un pays où, « en dehors des grandes villes, on est resté en 1958 » (l’auteur fait notamment escale dans un patelin qui ne reçoit l’électricité que depuis… 1993). Mais c’est avant tout une terre sauvage, qui, sur le plan de l’hostilité, n’a rien à envier à la forêt amazonienne : « Le pays possède plus de bestioles tueuses que le reste du monde. Parmi les dix serpents les plus venimeux de la création, tous sont australiens. Cinq des créatures qui y vivent – l’araignée, la méduse, le poulpe, la tique et le poisson-pierre – sont les plus mortelles de leur catégorie. Voilà un pays où la plus soyeuse des chenilles peut vous mettre KO d’une simple morsure et où les coquillages ne se contentent pas de vous pincer : ils vous attaquent […] Si vous n’êtes pas piqué ou mordu à mort, vous courez encore le risque d’être coupé en deux par un requin ou un crocodile, ou d’être emporté au large par de puissants courants marins, sans parler de vos chances de connaître une fin misérable dans les déserts brûlants de l’outback ». Très engageant…

    Si l’auteur aime à s’attarder sur le fait qu’ « il est tout simplement impossible de répertorier en une seule vie l’intégralité des dangers qui vous guettent dans le moindre buisson d’acacia ou la moindre flaque d’eau de cette contrée si étonnamment riche en espèces aux crocs venimeux et acérés », il traite également, à grand renfort d’anecdotes savoureuses, de tous les aspects fondamentaux du pays. Du point de vue culturel, avec par exemple le cricket, dont l’écrivain peine à comprendre à la fois le fonctionnement et l’intérêt. L’aspect historique du pays est également passé au crible : les premiers explorateurs du pays, d’un amateurisme sidérant, mais aussi la ruée vers l’or du 19e siècle qui a fait doubler la population australienne en une décennie, ou encore les circonstances du choix de l’insipide ville de Camberra pour capitale, au détriment de Sydney et Melbourne. L’auteur détaille également les paysages somptueux du pays, et analyse la question aborigène, qui demeure « le plus grand échec de l’épopée australienne » la séparation et les inégalités entre Blancs et Aborigènes restant très nettes : l’espérance de vie d’un Blanc est en moyenne supérieure de vingt ans à celle d’un Aborigène !

     À travers son expérience personnelle et une documentation sans failles, l’écrivain livre un récit d’une grande richesse sur le plan instructif, mais aussi, ce qui ne gâte rien, divertissant : Bryson fait partie de ces auteurs capables de nous faire rire aux éclats grâce à un étonnant sens de la formule, un tout aussi efficace sens de l’autodérision et un délectable franc-parler. Il suffit pour s’en convaincre de se laisser séduire par l’enthousiasme et la légèreté du chapitre introductif. Un régal ! Une petite réserve, tout de même : l’auteur a la manie de détailler ses moindres faits et gestes : lire pour la énième fois que notre homme sirote une bière au bar de l’hôtel n’est pas spécialement enrichissant, d’autant que plusieurs moments de son périple sont un peu moins captivants, en particulier certaines grandes villes du pays qui ne semblent pas présenter de réel intérêt. Les 450 pages auraient ainsi gagné à être un peu écourtées de 50 ou 100 pages. Toujours est-il que ce texte généreux et drôle ravira tout lecteur, qu’il projette de visiter le pays, qu’il s’y soit déjà rendu ou bien qu’il ait simplement la curiosité d’en savoir plus sur ce pays sauvage, gigantesque et « invisible » au reste du monde.

    « Je dois reconnaître qu’il y a quelque chose d’incroyablement lénifiant dans la diffusion d’un match de cricket à la radio. À peu près les mêmes vertus, d’ailleurs, qu’un match de base-ball commenté sur les ondes : cette même façon de prendre son temps, cet amour incompréhensible pour les statistiques les plus obscures ou les considérations historiques pontifiantes, ces infimes moments d’action accueillis avec un débordement d’enthousiasme. Mais dans le cas du cricket, tout cela dure des heures et s’accompagne d’une richesse sémantique et d’une élégance d’expression que le base-ball lui-même est loin d’égaler. Suivre deux journalistes sportifs commentant une rencontre de cricket à la radio, c’est un peu comme écouter deux pêcheurs assis dans une barque sur un lac tranquille un jour où le poisson ne mord pas. C’est faire une petite sieste sans perdre conscience. »